L'érotisme dans la statuaire des temples en Inde

 

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Certains temples de l'Inde ont beaucoup gagné en célébrité grâce aux sculptures érotiques qui ornent leurs murs extérieurs. Le cas de Khajuraho, "découvert" en 1838 par des Anglais, après des siècles d'oubli, fut longtemps un objet de scandale. Fallait-il que les Indiens fussent pervertis pour affubler leurs temples de semblables scènes dont la bienséance aurait dû interdire la représentation ! Il faut dire que l'affaire coïncida avec le règne de la Reine Victoria dont on ne peut peut pas dire que l'ouverture d'esprit fut la principale de ses qualités.

Fort heureusement, nos moeurs ont évolué depuis cette période de puritanisme étroit où l'on revêtait les pieds de table de fourreaux de tissus de peur que les demoiselles n'aient l'esprit dévoyé en voyant ces choses rondes et longues...

Avec le 20 ème siècle, des spécialistes de l'Inde, progressivement moins anesthésiés par leurs préjugés culturels, permirent à l'Occident une approche moins pudibonde et plus réaliste de l'Hindouisme et de ses multiples modalités d'expression.

Il est vrai que jusqu'à maintenant, les raisons des sculptures érotiques restent controversées, même en Inde. Un bon nombre de personnes pensent qu'une partie de la pensée Hindoue a évolué, à la fin du premier millénaire, vers des cultes dans lesquels la sexualité a été proposée comme voie spirituelle de Réalisation. Il s'agit du Tantrisme. Selon leurs préférences propres, certains pensent que le Tantrisme est une voie authentique et une ascèse difficile, et parfaitement honorable. D'autres pensent que le Tantrisme est une dégénérescence dans laquelle les cultes orgiaques, la prostitution institutionnalisée par les prêtres des temples sont les aspects les plus voyants de pratiques décadentes que l'on justifiait par une soi-disant recherche de Libération Spirituelle.

D'autres encore, ont quelques raisons de penser que le Tantrisme est une affaire sérieuse, un enseignement difficile dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Qu'une poussée temporaire de Tantrisme se soit produite il y a quelques siècles ne doit pas faire oublier que le fondement s'en trouve dans les cultes phalliques du Lingam, même si ces cultes du Lingam se sont assagis et popularisés pour les faire accepter de tous.

Pour mieux comprendre ce qu'est le Tantrisme, on lira avec profit des ouvrages d'Alain Danielou, par exemple.

On trouvera quelques indications sommaires sur ces questions dans le chapitre culte du site du dieu Ganesh.

Les temples, outre leurs fonctions sacrées de lieux où résident les divinités, jouaient, et bien sur jouent toujours, le rôle de livres d'images. Dans nos églises d'occident, l'iconographie peinte ou sculptée est relativement limitée : scènes de la vie de Jésus et saints divers. Il n'en va pas de même dans les temples hindous. Une profusion extraordinaire d'images, le plus souvent de pierre, est la règle. Images de dieux sous leurs diverses formes, et l'on sait qu'elles sont innombrables. Images toujours des êtres célestes compagnons des dieux, ou ennemis (démons divers...). Images historiées des grandes épopées qui constituent le fondement culturel de tout Indien : le Mahâbharata et le Râmâyana. Images historiées, encore, des rois bâtisseurs et conquérants qui désiraient immortaliser dans un matériau durable l'évocation de leurs exploits. Et puis tout un ensemble d'images contant les scènes quotidiennes.

Bien que l'on ne puisse réellement les considérer comme l'expression d'un vécu quotidien (!!), les images érotiques des temples veulent illustrer les réalités de la vie et elles ont donc une fonction didactique.

A la visite de temples comme ceux de Khajuraho, on constate plusieurs faits qu'il convient de méditer pour se faire une idée sur les sculptures érotiques :

 Les sculptures érotiques ne représentent qu'une toute petite partie de l'ensemble des images de pierre, environ 5 %. En ne voyant que cela, on se focalise sur un sujet tout à fait mineur. Les touristes occidentaux sont fascinés par ces scènes de sexe, alors que les touristes indiens les regardent comme le reste..., c'est à dire rapidement.

 Un temple hindou est une construction complexe qui non seulement suit des règles architecturales précises, mais en plus est dotée de significations symboliques. Prenons deux exemples simples :
1. Le mandapa, ou hall à piliers, est une salle qui, une fois franchie l'entrée extérieure, constitue un espace intermédiaire qui précède la partie réellement sacrée du temple (la cella ou garbha griha) où réside la divinité (on simplifie). Or, on constate que les murs extérieurs du mandapa ne sont pas ornés de divinités.
Celles-ci se trouvent au niveau de la partie sacrée du temple, sous la tour curviligne (la shikhara), laquelle surmonte l'espace sacré de la cella. En l'occurrence, à Khajuraho, les divinités se trouvent sur trois registres superposés, à plusieurs mètres au-dessus du niveau du sol.
2. Les murs extérieurs du temple sont pourvus de frises et médaillons sculptés dans les parties basses. Les parties basses du temple représentent le niveau humain, les parties hautes, le niveau divin.

 Les frises des parties basses du temple présentent des scènes de la vie ordinaire, quelquefois des scènes triviales. Ainsi, les actes sexuels ont-ils une prédilection pour les postures considérées comme "animales", par exemple l'homme debout pénétrant par l'arrière la femme penchée en avant, voire complètement animales puisqu'il s'agit d'un acte sexuel entre un être humain et un animal...

On est tenté de voir dans ces représentations l'aspect le plus "bas" de l'activité sexuelle humaine. A l'appui de cette opinion que certains jugeront peut-être moraliste, on notera deux images du temple de Lakshmana : sur l'une d'elles, citée plus haut, l'homme pénètre la femme "bestialement". Mais à sa droite, se trouve un éléphant qui détourne la tête pour voir la scène. L'éléphant semble sourire et dire : "Comment ! un homme qui fait ça !". Une deuxième scène montre encore un éléphant qui regarde avec effarement un homme doté d'une érection phénoménale... L'homme serait-il attiré sexuellement par l'éléphant(e) ?

 Sur les registres architecturaux où résident êtres célestes, nymphes gracieuses et dieux, le spectacle n'est pas le même. Les nymphes aux formes voluptueuses ont tout pour inspirer des désirs puissants. Leurs activités (se regarder dans un miroir, se maquiller le sourcil, se retirer une épine du pied, faire ou défaire un vêtement de mousseline, oh combien légère et transparente), tout acte, toute posture évoque avec grâce leur capacité de séduction. Quelquefois, on les voit ouvrir leur vêtement au niveau des cuisses, dévoilant leur sexe fendu bien apparent. Elles sont aussi représentées accompagnées d'un petit singe à leurs pieds. Cet animal symbolise la passion amoureuse aveugle. D'autres ont un scorpion gravé sur la cuisse. Cet animal évoque également la passion sexuelle.

 Les dieux qu'elles accompagnent et entraînent dans des jeux amoureux sont des êtres parés de tous les attributs de la beauté et de la séduction. On représente ces couples dans des postures certes sensuelles (par exemple le dieu enlace sa compagne, nymphe ou Shakti, sa main tenant gentiment son sein, et ils se regardent amoureusement), mais pas d'accouplement.

 Les accouplements souvent acrobatiques, qu'admirent tant nos chers touristes, en regrettant de ne pouvoir les pratiquer, sont le fait de Yogi avancés dans les voies complexes du Tantrisme. Ces postures de Kama Sutra ne sont pas faites pour le commun des mortels. Elles sont d'ailleurs sans intérêt particulier pour une relation sexuelle réussie (opinion personnelle). Ces exploits mettent souvent en jeu plusieurs partenaires et des assistantes qui trouvent manuellement leur satisfaction.

Nous retiendrons que la statuaire érotique des temples de Khajuraho peut être vue et comprise à trois niveaux :

 Le niveau de la vie "ordinaire". Le sexe existe, c'est une fonction naturelle de l'être humain; autant bien l'assumer et savoir comment. L'homme, mené par son sexe, a souvent tendance à s'en servir de manière pas très noble, en asservissant la femme à ses désirs, voire en se servant d'animaux.
 Le niveau de la vie pas ordinaire des pratiquants du tantrisme, pour lesquels la pratique sexuelle constitue, au contraire, une voie de libération des conditionnements de l'être humain, pour autant qu'elle soit guidée par un enseignant qualifié (guru) et pour des motifs non attachés à la jouissance physique. Les postures spéciales adoptées exigent des compétences physiques hors du commun et ont des objectifs qui dépassent largement la sexualité "normale".
 Le monde des dieux, êtres quasi-immortels engagés dans l'interaction des polarités Shiva/Shakti. Nous ne pouvons que l'imaginer.

Les photos présentées dans ce chapitre (liens en bas de page) donnent un aperçu des scènes qui se déroulent sur les murs de certains temples en Inde. Leur origine variée montre que les temples de Khajuraho ne constituent pas une singularité. Mais il est également vrai que beaucoup de ces images érotiques ont été, au fil des siècles, saccagées par les musulmans, hostiles à toute représentation de l'être humain, quand ce n'est pas tout simplement par les effets du temps.

Courte bibliographie

Van Lisbeth, André. Tantra, le culte de la Féminité. Flammarion, 1988
Kamasutra
Danielou, Alain. La sculture érotique hindoue, Buchet/Chastel, 1973
Evola, Julius. Le Yoga tantrique, 1961

 

Photos érotiques de temples

Karnataka et Tamil Nadu Népal Chattishgarh Orissa Khajuraho 1 Khajuraho 2 Khajuraho 3

 
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