Comportement des hommes en société

 

••••••••••••••••••••••••••••••

Si les mots respect et obéissance gouvernent la vie de la femme, celui de devoir modèle celle des hommes. Dans l'hindouisme, chaque personne est responsable de ses actes, vis à vis d'elle-même et vis à vis de sa communauté propre. Le mot qui désigne cette obligation morale de comportement est dharma. Dharma veut dire Nature. Tout ce qui existe suit son dharma. S'appliquant à l'homme, le dharma est l'ensemble des règles naturelles qui lui permettent de vivre en harmonie avec lui-même et les autres. Cette définition, neutre au départ, va forcément générer un code de conduite morale. Selon sa place dans la société et la période de sa vie, le dharma de chacun présente des caractéristiques propres. Le dharma d'un soldat n'est pas celui d'un marchand. C'est pourquoi le pacifisme en soi n'est pas, pour les Hindous, une vertu, car s'il s'inspire souvent de sentiments honorables, il peut aussi cacher la couardise, la peur. Ainsi, dans la Bhagavad Gîta, Arjuna, guerrier courageux, hésite-t-il à la dernière minute à s'engager dans une bataille mortelle où périront nombre de ses parents et amis. Mais Krishna l'exhorte à l'action car la lutte est juste et nécessaire. Le dharma d'Arjuna est de combattre. De la même manière, le dharma d'un commerçant est de gagner de l'argent de façon honnête, celui d'un prêtre est d'honorer les Dieux, celui d'un père de famille est de faire vivre sa famille. Ainsi le dharma de chacun est-il fonction de sa place dans la société et il évolue au cours de la vie.

L'homme hindou a des devoirs de respect envers ses parents. Pour un Hindou, le premier guru (prononcer gourou) est le père. C'est celui qui va le former à sa future vie d'homme et lui apprendre les rites familiaux accomplis quotidiennement pour honorer les divinités. L'Hindou conserve toute sa vie un fort sentiment d'appartenance à sa lignée familiale. Il fut un temps, pas très lointain, où l'homme exerçait le même métier que son père. Le groupe professionnel auquel il se rattachait de naissance s'appelle la jâti. Les membres d'une même jâti se doivent assistance. Le dharma social propre à chaque jâti se traduit par un certain nombre de règles comportementales ainsi que d'interdictions. Dans telle jâti, on pourra manger du poulet, dans telle autre, on sera végétarien. Dans son foyer, on ne prend ses repas qu'avec des gens de la même jâti, éventuellement d'une jâti compatible. Ces règles évoluent au fil du temps car des comportements plus "moraux" ou rituellement plus "purs" élèvent la jâti dans la hiérarchie sociale. De nos jours, l'éducation des jeunes gens en milieu urbain leur donne l'occasion d'exercer des métiers différents de ceux des pères, voire des métiers nouveaux.

Cette tendance à la spécialisation professionnelle familiale n'est pas limitée aux Hindous. On remarquera, par exemple, que beaucoup de bijoutiers sont des Musulmans et que de nombreux pêcheurs des régions côtières sont des Chrétiens.

Le poids des contraintes qui pèsent sur l'homme Hindou semble avoir des conséquences pas toujours heureuses sur son comportement dans la société. Soumis à son père, soumis à son patron (qui le traite souvent fort mal), il va avoir tendance à compenser, en étant à son tour arrogant avec ceux qui lui sont inférieurs dans la sphère professionnelle et méprisant ou indifférent envers ceux d'un bas niveau social.

L'Hindouisme professe la compassion car tous les êtres humains, animaux, et tout ce qui existe, sont l'expression de la puissance divine. Pour le Mahatma Gandhi, il n'y avait aucune distance sociale réelle entre un éboueur (Intouchable de la plus basse espèce) et un prêtre Brahmane. Mais cette vision est celle des Saints, pas celle des hommes ordinaires, empêtrés dans les préjugés de caste et l'égoïsme.

Il parait que les "merci" et "excusez-moi" n’existent pas en Hindi. De fait, leur équivalent anglais n'est utilisé qu'exceptionnellement et par des gens qui connaissent bien les usages des Occidentaux. Vous achetez un objet dans un magasin, vous le payez le prix convenu avec le commerçant, pourquoi voudriez-vous qu'il vous dise merci ? Vous avez votre objet, il a son argent, chacun est satisfait et ne doit rien de plus à l'autre. L'échange est équilibré. Le merci est superflu, mais on vous aura certainement offert un thé ou toute autre boisson, ce qui est une autre forme de politesse. Le terme "excusez-moi" n'est employé que par les commerçants qui veulent attirer votre attention dans la rue et vous faire entrer dans leur magasin. En revanche, quelqu'un qui vous bouscule dans la rue ne s'excusera pratiquement jamais. Il va son chemin, vous suivez le vôtre.

Dans la rue ou sur la route, les règles théoriques de bonne conduite cèdent la place à l'empirisme total : c'est le plus gros qui passe le premier. Le camion prend le pas sur la voiture, la voiture sur les deux-roues, lesquels frôlent les piétons sans vergogne. Bref, c'est du chacun pour soi dans une société stratifiée où le plus fort commande.

La notion de comportement citoyen est encore faible. Ceci explique peut-être que les Hindous, si soucieux dans leur sphère personnelle et familiale de "pureté rituelle", soient si négligents quant à l'hygiène des lieux publics. Chacun lance ses papiers gras n'importe où, crache glaires ou longs jets de salive rougis de bétel, et se mouche dans ses doigts. L'accélération exponentielle de l'utilisation des matières plastiques, particulièrement les sacs plastiques, aggrave la situation, jusque dans les villages. Il n'y a pas si longtemps, les vaches se faisaient un devoir d'avaler journaux cartons et papiers d'emballage. Maintenant le moindre coup de vent fait apparaître des milliers de cerfs-volants fous et disgracieux. La faiblesse et le manque de moyens des services municipaux de nettoyage expliquent aisément la saleté repoussante des rues dans les quartiers populaires des villes.

En revanche, les intérieurs sont très propres, à tel point que l'usage est de se déchausser en entrant. Les Indiens sont soignés de leur personne et en voyageant, il est fréquent de voir des gens, le long des routes, au bord des bassins ou des rivières, s'enduire de savon et se frotter énergiquement. Ce qui ne les empêche pas d'avoir des vêtements rapiécés ou tâchées... mais propres. Cette impression positive est curieusement contrecarrée par des avis contraires. Nous n'en citerons qu'un : la revue mensuelle Woman's Era, mars 2004, dans laquelle on rapporte que nombre de femmes (dans les milieux favorisés de la classe moyenne, évidemment, lectrices de cette revue) se plaignent de la négligence de leur mari en matière d'hygiène.

Parmi les obligations d'un "bon" Hindou, figure celle de donner l'aumône aux mendiants et de nourrir les saddhus. Les uns comme les autres sont souvent massés près des temples et autres lieux sacrés. Ainsi, chacun peut leur donner une piécette. Cet acte est considéré comme méritoire et porteur de bon karma. La compassion envers les démunis est absente de ce geste.

La société indienne manque-t-elle de charité ? Il est difficile de répondre à cette question. D'un côté, d'innombrables associations, animées par des bénévoles, portent assistance aux gens dans le besoin : orphelins, lépreux, handicapés, veuves, paysans sans terre, etc. Ce sont évidemment des sentiments de charité et compassion qui les guident. Mais, par ailleurs, les classes moyennes ou supérieures qui emploient comme domestiques des petits cousins de la campagne ou des enfants enlevés à leurs parents par des organisations mafieuses dans des coins reculés du pays, les exploitent honteusement plutôt qu'ils ne les protègent. Les journaux mentionnent fréquemment des cas de viols et de mauvais traitements. Sans aller jusqu'à ces extrémités, les infortunés qui tombent sous la coupe de ces méchants maîtres ne reçoivent aucun salaire ou un salaire de misère, mangent mal et dorment par terre. De toutes façons, les petits employés sont toujours mal payés et exploités par leurs patrons. Quant aux enfants non scolarisés, encore en trop grand nombre, ils sont une proie de choix pour fournir une main d'oeuvre quasiment gratuite.

Dans la vie en société, l'homme indien semble plutôt placide. Il ne s'énerve pas au volant, ni dans les encombrements, encore qu'il use de son klaxon à tout propos...

Cette tranquillité apparente cache un volcan. Les rassemblements de foule provoquent souvent des incidents, des bousculades parfois mortelles, quand ce ne sont pas des affrontements intercommunautaires qu'un rien peut déclencher. Les policiers, armés de longs bâtons (lathi), connaissent bien ce genre de risques et réagissent rapidement avec brutalité.

Mais c'est dans la sphère privée que l'homme manifeste le plus sa violence. Une enquête récente rapporte que 18 à 45% des hommes (la fourchette est large mais significative) reconnaissent abuser de leur femme : viols, mauvais traitements. Dès l'âge de la puberté, la jeune fille est le point de mire de la concupiscence des cousins et des oncles. Inceste et surtout viols sont loin d'être rares mais l'on n'en parle que depuis peu, par exemple dans le film "Le mariage des moussons". Le jeune indien romantique en face de la jeune fille qu'il convoite, semble avoir laissé depuis peu la place à un mâle brutal qui n'hésite plus à agresser, défigurer ou tuer la jeune fille qui l'éconduit (revue "Woman Era", mars 2004).

Les inhibitions sexuelles masculines expliquent très certainement cette violence. La promiscuité dans les familles élargies, l'éducation séparée des garçons et des filles, le puritanisme des dynasties Musulmanes qui gouvernèrent l'Inde pendant des siècles, avant d'être évincées et remplacées par des colonisateurs Britanniques à la morale tout aussi rigide, ainsi sans doute que d'autres facteurs, concourent à créer une société compartimentée et apparemment névrosée.

L'un des rares psychiatres indiens à avoir été formé selon l'école freudienne, Sudhir Kakar, estime que l'homme indien est un être immature. Elevé uniquement par des femmes dans sa prime jeunesse, il est choyé par sa mère, ses tantes et cousines. Tout ce qui est féminin est vu comme bon. Après son initiation de l' upanayana vers 11-12 ans, il va désormais vivre dans le monde séparé et machiste des hommes. Il en gardera une image double et ambiguë de la féminité qui se traduit parfaitement dans les croyances religieuses. Tantôt, la Déesse est aimante, douce et protectrice, tantôt elle est cruelle, dévorante et destructrice. Ainsi en est-il de Kâlî qui symbolise parfaitement cette ambivalence. La mère est à la fois aimée, vénérée mais aussi redoutée. L'homme adulte ne parvient pas à assumer une relation d'équilibre avec une femme. C'est pourquoi tant d'indiens préfèrent se marier avec des gamines à peine nubiles qu'ils peuvent aisément subjuguer et terroriser.

Les annonces matrimoniales demandent la plupart du temps que la future épouse soit bien éduquée. Hélas, il arrive encore, même si elle est pourvue d'un diplôme qui lui permettrait d'exercer un bon métier, que la jeune femme se voit confinée dans son foyer par un mari jaloux, le choix d'une épouse éduquée n'étant qu'un prétexte pour rehausser son propre statut social. Heureusement, les femmes éduquées se laissent de moins en moins prendre à ce genre de piège, et un sondage récent (mars 2004) montre que les jeunes femmes sont moins pressées de se marier que les hommes.

L'homme indien se dit facilement sentimental. On veut bien le croire. L'énorme industrie cinématographique produit des centaines de films par an dont la grande majorité mélange danses rythmées, scènes d'amour naïves avec héroïne au regard de biche et mâle au regard protecteur, et chansons d'amour. Le succès de ces films est phénoménal. L'amour y est bluette romantique : les héros ne s'embrassent jamais. De vrais problèmes sont néanmoins abordés avec intelligence, contribuant à faire évoluer les idées. Mais l'amour reste avant tout sentimental, ce qui est incompréhensible dans un pays où les mariages sont arrangés par les parents et où l'amour ne naît éventuellement que dans l'épanouissement d'une vie de couple réussie.

Sentimental, l'Indien l'est aussi dans sa dévotion envers des divinités telles que Râma et Krishna. Un grand nombre de bhajans (chants dévotionnels) font partie de la pratique de la Bhakti, dévotion sans limite envers le Divin.

Ainsi, le tableau du comportement de l'homme, s'il est souvent peu flatteur, est-il en fait contrasté. La société de consommation qui se répand de façon fulgurante dans ce pays à la forte croissance économique, renforce le matérialisme et la recherche de l'argent et des plaisirs à tout prix. Les différences de niveaux de vie, surtout en ville, accroissent l'anxiété masculine et son agressivité.

On espère cependant que l'Inde en voie de modernisation ne perd pas son âme. Si le voyageur est souvent attiré par ce pays, c'est que la spiritualité, l'ambiance religieuse, sont omniprésentes. Il suffit de regarder autour de soi. Les chauffeurs de camions, voitures, moto rickshaws, ont tous une ou plusieurs divinités sur le tableau de bord de leur véhicule. Les commerçants, quand ils ouvrent leurs échoppes, brûlent de l'encens pour honorer la divinité du petit autel qu'ils y ont immanquablement installé. Des gens passant dans la rue touchent le dos ou la bosse d'une vache pour quérir sa bénédiction. Dans certaines villes, comme Varanasi (Bénarès), il est d'usage qu'un Ganesh de pierre, placé au-dessus des portes d'entrée, accueille le visiteur. Au Rajasthan, à l'occasion des mariages, on peint des Ganesh sur les murs de la maison des nouveaux mariés. Dans les rues, la présence d'un temple se signale par d'innombrables guirlandes de fleurs vendues à proximité. Des quotidiens lus par des millions de personnes, comme le Times of India ou l'Hindustan Times, ont leur page religieuse et spirituelle. Plusieurs chaînes de télévision sont consacrées à des émissions religieuses. De nombreuses fêtes religieuses ponctuent la vie tout au long de l'année : Dipavali, Holi, Ganesh Chaturthi, Mahashivaratri, Durgâ Pûjâ (Navaratri), Ramnavami, etc. sont l'occasion de prières, cérémonies dans les temples, jeûnes, largement suivis par les Hindous.

L'Inde est le seul pays où l'on enseigne une langue morte que parlent au moins 30 millions de personnes : le sanscrit, langue des textes sacrés... Le Web fourmille de portails et sites consacrés à la religion hindoue. On peut y commander des pûjâ en ligne, écouter des mantras...

 

Haut de page Autre chapitre Page d'accueil (home page)